'You lose'.
Frappant la main sur la table, elle repousse brutalement la souris. Se relève en faisant racler les pieds de la chaise avec bruit, et part. Ses talons toquent sèchement sur le sol dur, sortant quelques joueurs de leur concentration. Ils la regardent d'un air absent, ou étonné, quand il leur reste encore un peu de vie. La porte battant derrière, elle se retrouve dans la rue.
C'est l'été. L'été. L'été ça l'horripile. Elle ne supporte pas ce ciel bleu, uniformément bleu, désespérément...bleu ! Toute cette lumière l'immobilise et la révèle, dans toute sa honte, tous ses malheurs. Elle craque. Lâche le masque.
Sans mot dire, elle se laisse tomber, assise par terre devant la salle de jeux. De grosses larmes amères roulent sur ses joues, faisant couler le maquillage. Elle doit certainement ressembler à un panda, mais elle s'en fiche. Levant la tête, elle regarde le ciel, encore, toujours, de plus en plus bleu, augmentant sensiblement son désespoir.
Les passants l'observent curieusement, un peu dégoûtés mais en même temps attirés comme par une bête sauvage, puis se détournent. La tristesse ça va bien cinq minutes. Ils ne la connaissent pas, ils ne veulent pas la connaître. Pourquoi pleure-t-elle ? Ca leur est complètement égal. Elle n'existe pas. Ou plutôt, elle est trop dérangeante, alors ils l'oublient.
Pleurant toujours, mais comme absente, elle ne remarque pas tout de suite qu'une silhouette lui cache ce ciel atroce. Il y a quelqu'un qui s'est arrêté devant elle, quelqu'un qui attend, quelqu'un qui l'a vue.
Elle lève la tête. C'est un homme. Elle n'en sait pas plus. Pas d'âge, pas de nom, elle ne sait même pas à quoi il ressemble, mais elle s'en moque.
Il lui tend un mouchoir, puis la main. Saisissant le bout de tissu, elle le regarde avec l'air ahuri des petits enfants, sans comprendre. Il lui prend alors le poignet, la relève et l'entraîne.
Flash. Elle est assise devant un café, à l'intérieur. Comment elle est arrivée là, elle n'en sait rien. Où elle est, non plus. Elle entend l'homme s'activer à côté, se sent curieusement apaisée. Alors elle prend la tasse à deux mains et la boit, que faire de plus ? Elle finit par s'endormir.
Quelques heures après, c'est le réveil. Elle est allongée sur un canapé, et elle a chaud, très chaud. Elle se relève et repousse la couverture, qui tombe au sol, avec elle un morceau de papier. Un petit mot. « Le petit déjeuner est prêt dans la cuisine. Glissez la clé sous le paillasson. »
Pensive, elle s'approche de la fenêtre. Le ciel est gris, il va bientôt pleuvoir. Elle sourit, mange ce qu'il y a sur la table, et fait la vaisselle.
Puis, tout doucement, comme une petite souris, elle sort, tourne la clé dans la serrure, et la cache sous le paillasson, comme demandé. Tournant les talons, elle part. Si l'autre rentre ce soir, il trouvera une réponse au billet. Un simple mot.
Quand elle marche dans la rue, dansant sous les gouttes de pluie, c'est le sourire aux lèvres.
Bah voilà une nouvelle, sans titre qui sort du n'importe quoi généralisé de 1h du matin... bref voilà voilà....